Vocations : à quoi Dieu m’appelle-t-il ?

14 mai 2008

Depuis la nuit des temps, au jour de la naissance d’un enfant et tout au long de sa jeunesse, les adultes qui l’entourent s’inquiètent de son futur. Que sera donc cet enfant ? (Luc 1, 66) Que fera-t-il ? Cette préoccupation est légitime quand il s’agit d’aider un jeune à s’orienter en tenant compte de ses capacités, de ses talents et de ses aspirations... Elle est malsaine quand les parents (ou d’autres adultes) projettent sur le jeune leurs propres désirs... traçant pour lui une carrière « obligée » ou influençant les choix dont dépend son avenir... Pour être vrais, osons donc aborder la question des vocations du côté de Dieu et veillons à lui laisser toute sa place !

Vocation et vocations

A la lumière de la Parole de Dieu, nous sommes sûrs que Dieu veut que tous les hommes soient sauvés (1 Tim 2, 4) et qu’Il les appelle à la sainteté (1 Th 4, 3). Dieu en donne les moyens quand, au jour du baptême, il fait alliance avec l’homme. Dieu ne se contente pas de mettre en lui un germe de vie divine. Le fait de participer à la vie même de Dieu est une invitation à un développement : "soyez saints parce que je suis saint" (Lév 19,2). Et quand Dieu appelle, il donne toujours les moyens de répondre à son invitation. Chaque jour de sa vie, le chrétien est appelé à consacrer sa vie, en se nourrissant du Christ et en se donnant à Lui, quelle que soit la façon et les circonstances dont il accomplit concrètement le commandement de la charité.

L’appel (ou vocation) universel à la sainteté (cf. Concile Vatican II, Lumen Gentium n°40) est donc le terreau dans lequel vont s’enraciner toutes les vocations : mariage, sacerdoce, vie religieuse dans ses différentes formes, célibat consacré…Tous ces états de vie sont des façons différentes d’aimer Dieu et son prochain. Tous témoignent de l’Evangile et sont nécessaires à la vie de l’Eglise. Car Dieu veut avoir besoin des hommes pour le déploiement de son Règne…

S’engager dans une vocation laïque
Baptisés et confirmés, les laïcs – célibataires ou mariés – cherchent à témoigner de l’Evangile à travers toutes les réalités humaines : travail, famille, relations sociales, engagement dans la vie politique, la culture, l’Eglise…
Certains laïcs s’unissent par le sacrement du mariage. Ils demandant à Dieu de consacrer leur amour et de les aider à le vivre héroïquement, dans la fidélité et la fécondité charnelle et spirituelle. Ils témoignent de l’alliance de Dieu avec toute l’humanité. Ils sont signe de l’amour du Christ pour l’Eglise.
D’autres demeurent célibataires. Parfois, ils consacrent leur célibat à Dieu (instituts séculiers, consécration privée…)

Choisir la vie religieuse
A l’appel de Dieu, dans la vie consacrée, religieux et religieuses de vie contemplative ou apostolique quittent tout pour suivre le Christ et consacrer à Dieu toute leur vie dans la seule prière de louange et de contemplation ou bien dans la prière et l’action au service des autres. Plus ou moins marquée par la dimension communautaire, leur vie religieuse s’appuie sur la grâce du baptême et se développe à travers les vœux de pauvreté, de chasteté et d’obéissance.

Choisir d’être prêtre
En répondant à un appel spécifique de Dieu, celui qui se met au service de l’Eglise comme l’a fait Jésus consacre sa vie pour nourrir la communauté chrétienne de la Parole de Dieu et du Pain de vie, pour en prendre soin et la guider, en communion avec l’évêque qui lui a donné mission. Le prêtre se donne tout entier à Dieu et aux hommes : son célibat est un signe annonçant la présence et la nouveauté du Royaume de Dieu.

Entendre et répondre à l’appel : Dieu a besoin des hommes !

Pour bien accomplir la tâche qui leur est confiée, les éducateurs ont la responsabilité d’aider les jeunes à se préparer à un état de vie. Il leur revient donc d’aborder avec (tous) les jeunes la question des vocations Et puisque Dieu aime avoir besoin des hommes, Il nous demande de prendre une part active à l’appel qu’Il veut faire entendre à chacun de nos jeunes.

Quel est donc notre rôle ? Comment être "appelant" tout en respectant la liberté des jeunes ? En effet, le lien qui se noue entre Dieu et ses enfants est de l’ordre du mystère : Dieu a toujours l’initiative de l’appel. Pour autant, Il laisse à l’homme sa pleine liberté pour que sa réponse soit un engagement personnel et corresponde à son aspiration profonde au bonheur.

Pour faire l’œuvre de Dieu, faisons largement écho à l’appel fondamental que Dieu adresse à tout homme. Rappelons aux jeunes les paroles où Dieu nous dit : "Je t’aime. Tu es précieux à mes yeux. Je t’ai appelé par ton nom. Au jour de ton baptême, j’ai fait alliance avec toi." Encourageons nos jeunes à répondre à cet appel et à se donner au Christ en vivant pleinement la grâce de leur baptême. Donnons-leur l’exemple. Soyons pour eux des témoins de la sainteté, dans l’état de vie que nous avons choisi parce que Dieu nous y a appelé. Mettons-les aussi en contact avec des personnes qui vivent joyeusement tous les états de vie que l’Eglise connaît… Rien ne nous permet d’exclure a priori que Dieu appelle un jeune au sacerdoce ou à la vie religieuse ! A nous par ailleurs de leur montrer la grandeur du mariage et l’héroïsme qui est nécessaire pour le vivre fidèlement…

Soyons attentifs à tous mais tout particulièrement aux jeunes qui ont manifestement donné leur vie au Christ et s’efforcent de grandir dans la grâce baptismale. A quels signes les reconnaître ? En voici quelques uns :
- le goût et la fidélité à la prière personnelle
- l’amour de l’Eucharistie et l’assiduité à la messe dominicale
- l’attention aux plus faibles ou aux plus pauvres
- le témoignage donné aux autres à travers le rayonnement de sa propre expérience spirituelle ou à travers une responsabilité prise volontairement auprès des plus jeunes
- un engagement liturgique (chorale, service de l’autel…)

En aidant les jeunes à demeurer dans l’amour du Seigneur (Jn 15, 9), nous aurons favorisé un climat d’écoute, de disponibilité et de don de soi : Dieu pourra alors se faire entendre comme Il le veut et quand Il veut. Il pourra faire retentir clairement l’appel spécifique qu’il adresse à chacun. Il pourra lui donner le "caillou blanc, un caillou portant gravé un nom nouveau que nul ne connaît, hormis celui qui le reçoit." (Apocalypse 2, 17). Dieu pourra même nous inspirer d’interpeller tel ou tel jeune : “n’as-tu jamais pensé à être prêtre ou à te consacrer à lui dans la vie religieuse ?

Pour aller plus loin, il nous faudra proposer au jeune d’être - au fil des années - accompagné dans son discernement. Par nous-mêmes ou par d’autres, il faut que le jeune soit aidé à reconnaître ce nom nouveau par lequel Dieu l’appelle. Il faut du temps – et parfois des combats intérieurs – pour percevoir que cet appel rejoint l’aspiration fondamentale au bonheur. Dieu est puissant et nous conduit à désirer ce qu’Il nous demande ! Si Dieu est patient et sait attendre, Il sait aussi se faire persuasif ! Chaque vocation, dans son histoire comme dans sa mission, est unique !

Après avoir éprouvé - dans la durée - la solidité du désir qu’il constate en lui et la pertinence de son choix, le jeune homme ou la jeune femme pourra choisir de s’engager à vivre le mystère de l’alliance par le sacrement du mariage ou de tout quitter pour être avec le Christ au service de l’Eglise, comme prêtre, religieux ou religieuse ou comme laïc consacré… Que ce soit pour une ordination, une profession religieuse ou pour un mariage, les cloches sonneront à toute volée ! Bonheur pour l’homme ou pour la femme qui a répondu : "me voici !" Joie pour toute l’Eglise !

Père Michel BERGER
article publié dans le mensuel “Eglise d’Avignon” n°33 - novembre 2007